Silence, on joue ! Nelson Monfort entre en scène
Nelson Monfort a longtemps tendu le micro aux plus grands champions, arpenté les stades, les plateaux mythiques et partagé, en direct, l’émotion brute des exploits sportifs. Nelson Monfort a été la voix de l’instant, celle qui recueille à chaud les larmes, les sourires, les déceptions et les silences aussi. Pendant des décennies, il a incarné une certaine idée du journalisme : respectueux, enthousiaste, profondément humain.
Aujourd’hui, le décor a changé. Ce ne sont plus les tribunes qui l’entourent, mais les murs feutrés d’un théâtre. Ce ne sont plus les caméras qui captent ses mots, mais les regards attentifs d’un public venu pour vivre une histoire. Face à la salle, dans la lumière des projecteurs, Nelson Monfort découvre un frisson différent, plus intime, plus direct. Une transition qui n’a rien d’un simple détour de carrière, mais tout d’une révélation personnelle.
La responsabilité du rideau qui se lève
Monter sur scène n’a rien d’anodin. Pour lui, la différence est nette :
« On monte sur scène devant un public qui a payé sa place, qui s’attend à passer un bon moment, une belle soirée. Donc tout ceci nous donne une vraie responsabilité. »
Cette responsabilité, il la ressent presque physiquement. À la télévision, le lien est réel mais diffus ; le téléspectateur est chez lui, protégé par l’écran. Au théâtre, en revanche, la relation est frontale, immédiate, presque sacrée. Chaque silence, chaque respiration, chaque éclat de rire est perçu sans filtre. Rien ne triche.
« J’ai beaucoup d’estime pour les spectateurs qui viennent au théâtre », insiste-t-il, conscient que ces femmes et ces hommes ont quitté le confort de leur foyer pour partager une expérience vivante. Depuis qu’il a embrassé cette nouvelle aventure, « le respect du public, c’est vraiment quelque chose qui m’anime en premier… ». Cette exigence est devenue son moteur.
La liberté du comédien
La pièce, écrite par les jeunes auteurs Hugo Crémaschi et Hervé Grange, est une comédie policière vive, rythmée, ponctuée de clins d’œil. Elle offre à Nelson Monfort ce que la télévision ne permet que rarement : « une liberté de ton totale ».
S’il revendique avoir toujours assumé une certaine spontanéité dans ses commentaires sportifs, la fiction ouvre ici un autre espace. « Le journaliste relate des vrais faits… Maintenant, là en revanche, c’est une fiction. À partir de là, nous sommes comédiens. »
Sur scène, il quitte progressivement le costume du commentateur pour incarner un personnage à part entière. Il ne rapporte plus le réel : il le crée, le transforme, le joue. Une mue qu’il assume avec gourmandise et humilité.
L’apprentissage, le déclic
Apprendre un rôle d’une heure vingt, intégrer les déplacements, maîtriser la mécanique théâtrale : rien ne s’improvise. Quatre mois de répétitions intenses ont été nécessaires avant que ne survienne ce qu’il appelle « le déclic ».
Au début, le texte résiste. Puis, presque soudainement, tout s’aligne. Encouragé par son parrain artistique, Philippe Chevalier, qui lui avait assuré : « Tu verras, à un moment donné, il y aura un déclic », il persévère.
Et ce moment arrive. « Non seulement je connaissais mon rôle, mais je connaissais également les trois quarts des répliques de Philippe. »
Derrière cette phrase se devine une discipline exigeante, un engagement total. Le théâtre lui apprend la patience, la rigueur, l’humilité.
Un duo complice avec Philippe Candeloro
Aux côtés de Philippe Candeloro, la complicité est naturelle. Leur histoire commune, née dans les arènes sportives, se prolonge aujourd’hui sur scène. Mais ce qui frappe Nelson Monfort, c’est le sérieux de son partenaire.
« Les répétitions, il les prend très au sérieux, il est toujours à l’heure… c’est aussi le respect du public. »
Le trac, lui, ne disparaît jamais. « Personne ne peut dire qu’il n’a pas le trac, ça n’existe pas. » Mais ce trac est moteur, stimulant. Une tension positive qui, une fois le rideau levé, se transforme en énergie généreuse.
Pourquoi « Ça patine à Tokyo ? »
Le choix du décor s’est imposé naturellement. Le Japon est le pays où Philippe Candeloro est le plus célèbre, véritable idole auprès du public nippon. Nelson Monfort lui-même nourrit un attachement particulier pour cette culture qu’il admire.
Et Tokyo offre un terrain de jeu idéal pour l’écriture : sonorités, références, clins d’œil, jeux de mots. La pièce s’en amuse avec légèreté, assumant pleinement son esprit espiègle.
Offrir du rire, coûte que coûte
Au-delà de l’intrigue, le message est clair : il faut rire.
Après chaque représentation — qu’elle se joue à Deauville, au Théâtre Fémina de Bordeaux ou dans des villes plus inattendues comme Saint-Vulbas près de Bourg-en-Bresse — les deux comédiens vont à la rencontre du public.
« Aujourd’hui, nous avons besoin de rire, nous avons tellement besoin de rire. »
Ce constat revient sans cesse. Dans les échanges d’après-spectacle, dans les regards, dans les remerciements.
« Donner du bonheur au public, faire des photos, signer les affiches… c’est au moins aussi gratifiant que d’être sur scène. »
Le spectacle ne s’arrête pas au salut final. Il se prolonge dans le partage.
Une vocation tardive, mais évidente
Si le théâtre marque un tournant, la scène ne lui est pas étrangère. Ses spectacles consacrés à la chanson française rendent hommage à Jean Ferrat ou Georges Brassens, artistes qu’il considère comme des géants trop souvent oubliés.
Il poursuit également ses collaborations médiatiques, notamment aux côtés de Michel Drucker, tout en travaillant à un livre de souvenirs.
Mais il refuse la dispersion : « Les choses que je fais, j’ai envie de les faire bien. En multipliant les collaborations, je ne les ferais plus bien. » La qualité avant la quantité.
Quand l’exigence devient inspiration
La participation prochaine au Festival d’Avignon constitue une étape symbolique. Avignon, c’est la vitrine du théâtre vivant, le lieu où l’on se confronte à un public averti et à des programmateurs exigeants.
Grand spectateur, Nelson Monfort nourrit son regard en allant au théâtre deux fois par semaine. Récemment, il a été profondément marqué par une représentation portée par Francis Huster.
Il évoque avec admiration cette performance : une heure et demie sur scène, presque sans relâche, soutenue par un texte dense et exigeant. « Francis est sur scène pendant une heure et demie, avec un vrai texte », souligne-t-il avec respect. Ce qu’il admire, c’est l’endurance, la précision, l’intensité intacte.
À près de quatre-vingts ans, Francis Huster incarne pour lui la preuve que la scène n’a pas d’âge, seulement de la passion. Ces modèles nourrissent son ambition sans jamais altérer son humilité.
Le défi : rester enthousiaste
À la question du défi à venir, sa réponse est limpide : « Le seul vrai défi, c’est de continuer à rester enthousiaste, de continuer à susciter des projets… ». Conscient que le temps avance, il refuse d’attendre. « Il faut aussi susciter. Les gens ne vous attendent pas… ». Une lucidité qui devient moteur.
La plus belle victoire
Parmi toutes ses réussites, c’est pourtant le théâtre qu’il place au sommet.
« C’est incontestablement le théâtre… ce n’était pas gagné d’avance. »
Il résume son parcours d’une phrase qui sonne comme une promesse intime :
« J’espère que l’adulte que je suis devenu n’aura pas trahi l’enfant que j’étais. »
Et s’il devait ne garder qu’une émotion ? « L’accueil du public. »
Le théâtre n’est pas pour Nelson Monfort un simple prolongement de carrière, mais une conquête intime. Apprendre un texte, apprivoiser le trac, incarner un personnage, aller à la rencontre des spectateurs dans chaque ville : autant d’étapes qui ont façonné une nouvelle aventure profondément humaine.
« Donner du bonheur au public… c’est au moins aussi gratifiant que d’être sur scène », glisse-t-il avec cette sincérité qui le caractérise.
Animé par une énergie intacte, Nelson Monfort avance avec une conviction simple : ne jamais attendre que les opportunités se présentent, mais les susciter, les imaginer, les faire naître. L’enthousiasme comme moteur, la sincérité comme ligne de conduite.
Si le journaliste a marqué les mémoires par sa voix et sa présence, le comédien, lui, s’inscrit désormais dans une autre dimension, plus intime, plus vibrante. Il ne se contente plus de commenter l’émotion : il la crée. Et c’est peut-être là, dans ce lien direct avec le public, que se trouve sa plus belle victoire.

